Le petit Jean-Claude Camille François Van Varenberg naît le 18 octobre
1960 à Berchem-Sainte-Agathe (commune de Bruxelles), de parents
fleuristes. Le futur culturiste est alors un gamin chétif, sensible à
la musique classique et à la peinture, touchant même un peu de piano à
l’occasion.
Sous la pression de son père, qui souhaite vivement que son petit
affirme plus vigoureusement son caractère, JC s’initie au ballet et au
karaté, essayant de trouver une complémentarité entre les deux qui
définira son futur style de combat avant que l’affèterie égocentrée ne
l’emporte loin de tous. Alors qu’on lui propose de rejoindre l’Opéra de
Paris en tant que danseur, Jean-Claude préfère quitter l’école dès
l’âge de seize ans pour se concentrer sur le karaté et le
body-building, et au bout de quelque temps ouvre son propre centre de
fitness à Bruxelles, le California Gym.
Malgré le succès indéniable de ce dernier, et sa reconnaissance
grandissante en Belgique où ses qualités athlétiques lui valent
plusieurs récompenses, la vie de Jean-Claude va prendre un tournant
décisif. Engagé pour un rôle de petite frappe dans le film « Rue
Barbare » de Gilles Bréhat (rôle qu'il ne décrochera finalement pas),
il se découvre un intérêt pour le cinéma qui changera sa destinée. Il
décide de tout plaquer et de débarquer sur le sol américain en 1982,
avec 2000 $ en poche et ne parlant même pas anglais, se rebaptisant
Jean-Claude Van Damme en hommage à l’un de ses anciens mentors.
Débutent cinq années de galère, où il apprend peu ou prou l’anglais
(dans une vieille interview il raconte que c’est grâce aux « Pierrafeus
») et vivote de petits boulots en petits boulots. Chauffeur de taxi ou
de limousine, livreur de pizza, poseur de moquette, entraîneur
personnel dans ses grandes heures, Jean-Claude décroche son premier
rôle dans une panouille incommensurable dénommée « Monaco Forever » où,
interprétant un rôle bouffon de karatéka homosexuel, il dévoile ses
biceps dans un marcel évocateur, tentant de dévoyer le jeune héros dans
une scène d’anthologie. Ses réels débuts, il les fait dans Karate Tiger : le Tigre Rouge,
dans lequel il incarne Ivan, le méchant russe qui se fait rouster à la
fin. Vingt minutes d’apparition à l’écran, c’est pas encore la
consécration.
En 1986 il décroche le rôle de la créature dans « Predator » en
exagérant un rien ses prouesses passées d’artiste martial, mais las,
insatisfait de ne pas être crédité au générique, il se retire du
tournage de ce film de John McTiernan, pour être remplacé par le géant
Kevin Peter Hall. Subsistent de sa prestation quelques plans où il
interprète les mouvements de la créature camouflée. N’y tenant plus, il
tente quelques mois plus tard le tout pour le tout. Il attend Menahem Golan (patron de la Cannon
et producteur à ce titre, avec Yoram Globus, d’un nombre incalculable
de chefs-d’œuvre) à la sortie d’un restaurant et lui fait une
démonstration de ses fameux high kicks. Impressionné par la niaque du
musclé belge qui en veut, Golan lui propose d’interpréter la légende
martiale Frank Dux dans le premier volet de la saga « Bloodsport ».
Conscient qu’il s’agit probablement de sa dernière chance de se vendre
au monde entier, Jean-Claude y met toute sa rage et signe ce qui est
sûrement sa meilleure performance.
Il enchaîne ensuite les séries B d’exploitation
pour la Cannon, et se dit qu’il peut réussir au moins autant que Bruce
Lee en son temps. A raison de deux films par an environ, le phénomène
Van Damme grossit et fait le bonheur des vidéo-clubs et bientôt des
salles obscures. « Cyborg
» et ses combattants aux noms d’instruments de musique, « Kickboxer »
et son entraînement bigger than life, « Full Contact » où il commence à
faire un blocage sur sa superbe corporelle, le très chiant « Coups pour
Coups », le non-sensique « Double Impact », autant de produits où
Jean-Claude exploite ad nauseam des personnages avec un lourd passé à
expier, qui s’en prennent plein la gueule entre deux grands écarts
avant d’exploser la face du bad guy alors que la nuit enveloppe les
décors foutraques d’un drap de velours.
On estime les prémices de son pétage de câble aux alentours de cette
période, alors que son salaire et les budgets de ses films deviennent
de plus en plus élevés. Jean-Claude est allé au bout de son rêve après
sept ans d’expédients, sans jamais abandonner, en mentant sur son
cursus athlétique passé et en obtenant de ses réalisateurs qu’ils
mettent en valeur son physique altier, certes, mais les faits sont là.
Grisé par l’engouement autour de sa personne, Van Damme se construit
dès lors un personnage pour les médias en une variation parodique
malgré elle de la Bruce Lee attitude : culte de son propre corps pour
s’accomplir en tant que personne, arrogance inébranlable sur ses
performances physiques et ses qualités d’acteur ("Ok, Jean-Claude Van Damme n’est pas Anthony Hopkins, mais Anthony Hopkins n’est pas Jean-Claude Van Damme"), aphorismes abscons délivrés comme autant de vérités à décrypter pour saisir le mythe. Et tout comme Bruce Lee, JCVD
développe un attrait privilégié pour les substances illicites, la coke
en particulier, ne le faisant pas encore planer en permanence mais pas
loin. On se souvient de son rot anthologique en pleine question d’Annie
Lemoine dans Nulle Part Ailleurs, de son interview avec Giordano où il
demande à son assistant de fermer cette fucking… How do you say ? Ah
oui la porte. A cette heure, il prête à sourire et n’est pas encore
pris dans son propre piège.
Pour Hollywood, il devient « The Muscles from Brussels », asseyant sa
fierté en dogme de vie. Après « Universal Soldier » et le bousissime «
Cavale sans Issue » où il se frotti-frotte contre Rosanna Arquette dans
de belles couleurs bleues, il se gagne une petite réputation d’artiste
capricieux sur le tournage de « Chasse à l’homme » d’un certain John
Woo qui, ah ah ah, ne parle pas très bien anglais et se voit voler la
coordination de certaines scènes par un Jean-Claude super sûr de lui.
Laissant les fans misérables du metteur en scène en attente d’un
hypothétique director’s cut toujours espéré, il enquille sur « Timecop
», « Street Fighter
» et l’assez pourri « Mort Subite ». Des nanars et navets en pagaille
dont les dividendes perçus lui permettent de s’investir dans ce qu’il
nomme très sérieusement son Lawrence d’Arabie, « Le Grand Tournoi »
(The Quest) qu’il écrit / produit / réalise / interprète, alors
traumatisé par un petit film d’un réalisateur inconnu, « The Blade » de
Tsui Hark. Bien que son opus soit à mille lieux de son référent ou de
la fresque épique annoncée, le film n’est pas si honteux que ça et le
tournoi en question recèle même de sympathiques instants de bravoure.
Mais se prend une légère déconfiture au box-office, après la gamelle de
« Mort Subite ». C’est pas grave, Jean-Claude continue quoi qu’il
arrive, malgré la place de plus en plus prédominante de la poudre
blanche dans sa vie dissolue.
En plein marasme affectif avec son épouse, Jean-Claude devient la
caution morale incontournable pour les réalisateurs hongkongais
souhaitant s’installer aux States à l’approche de la rétrocession de
l’archipel à la République Populaire de Chine. Après John Woo, c’est au
tour de Ringo Lam de le faire tourner dans « Risque Maximum », série B
pas trop mal mais sans grand intérêt si ce n’est le featuring assez
rigolo de Jean-Hugues Anglade dans le rôle de son frère. Un an plus
tard, de plus en plus atteint et égocentrique, JCVD concrétise l’un de ses projets, travailler avec Tsui Hark pour « Double Team
». Mais il réduit ses chances en se montrant positivement imbuvable
avec le metteur en scène culte, lui montrant carrément comment filmer
certaines scènes, parvenant à dégoûter ce dernier de rester aux
Etats-Unis. Mais en bon punk vis-à-vis du système, Tsui n’en reste pas
là et accepte une seconde collaboration avec Van Damme pour « Piège à Hong Kong
», où il se venge presque honteusement du karatéka belge tout en
expérimentant pour son futur « Time & Tide ». La vision attentive
de cet opus permet de cibler précisément la chute exponentielle de JCVD
: les yeux souvent bouffis, complètement éteint lors de certains
dialogues, parachutés au beau milieu de scènes qui n’ont objectivement
rien à foutre dans un scénar déjà bien barré.
En pleine perte de la précieuse maîtrise de soi qui rendait les égarements de Bruce Lee autrement plus crédibles, JCVDdirect-to-video« Légionnaire »
(tiens, voilà du boudin-in), « Universal Soldier 2 » ou encore «
Inferno » (avec une phrase particulièrement ésotérique dans la
bande-annonce : "Ils ne l’attendaient pas… lui non plus"). Même Steven Seagal le débine en public (pour se faire un peu de pub), affirmant à qui veut l’entendre que JCVD a menti tout du long de sa carrière sur ses prouesses martiales passées, et qu’il n’est plus qu’un sinistre bouffon.
devient un phénomène malgré lui, pour sa tendance à dire objectivement
n’importe quoi en interviews, multipliant les phrases fumeuses à
prétention philosophique. La mode "Van Damme est un con" débute
approximativement en 1999 avec une interview délirante accordée à
"Première" et atteint son apogée en 2001 après sa prestation sur le
plateau de l’émission de télévision française « Loft Story », où il se
lance dans un ahurissant monologue sur la nécessité d’être « aware »,
sous les yeux perplexes des candidats. Dépassé par la dégringolade de
son statut de star au rang de guignol qu’on invite pour s’en moquer,
Van Damme essaie de décrocher de son démon cocaïné et entre selon la
rumeur dans plusieurs séries de désintoxication, alignant péniblement
quelques tels que
En 2001, Van Damme refait parler de lui au Festival de Cannes, où il
annonce qu’il est back mentally and physically avec plein de projets («
The Order
», « The Monk », « Hellfire ») dont un seul parviendra jusqu’à nos
salles obscures : « Replicant » de Ringo Lam, où il tient plus
qu’honnêtement un double-rôle. Ce qui devait être le film du rachat, de
la ré-affirmation de son potentiel n’obtient que peu de suffrages, tant
JC est resté engoncé dans son personnage borderline aux phrases citées
en chœur par ses nouveaux fans pervers. De plus, alors que Jackie Chan
et Jet Li commencent à percer violemment à l’international, ses
high-kicks n’impressionnent plus personne… Reste l’image d’un acharné
qui s’est battu pour accéder à son but avant de se faire brûler les
ailes par ses propres excès grandiloquents. N’est pas Bruce Lee qui
veut…

« In Hell », troisième collaboration de
Jean-Claude avec Ringo Lam après « Risque Maximum » et « Replicant »
(le projet « The Monk » semble être tombé à l'eau)
A partir de 2005, Jean-Claude semble retrouver un peu de sa gniaque
passée. Soigné de ses addictions, Van Damme enchaîne les tournages, ses
collaborations avec Ringo Lam (« Replicant », « In Hell ») lui ayant
permis de regagner un peu de sa crédibilité auprès des amateurs de
cinéma d'action. Le temps du vedettariat de premier plan semble
néanmoins derrière lui, et ses films sortent désormais directement en
vidéo-club. Jouant du côté un peu kitsch de son image, il s’offre
quelques apparitions surprises dans des productions françaises (« Narco
») ou turques (« Sinav »). Si le rôle de l’athlète romain Cornedurus
dans « Astérix aux jeux Olympiques », pour lequel il était initialement
prévu, échoit finalement au kickboxer Jérôme Le Banner, Jean-Claude Van
Damme revient sur grand écran par un biais décalé : il interprète en
effet son propre rôle de vedette un peu has-been et déglinguée dans la
comédie dramatique « JCVD
», montrant au passage des vraies qualités de comédien et apportant la
preuve que les come-backs les plus improbables sont parfois de l’ordre
du possible. Que le chemin de la rédemption passe par la comédie ou le
Direct-to-Video, gageons que les muscles de Bruxelles sont encore loin
d'être finis.
Commentaires
1. chris-tof le 22-02-2009 à 20:27:01 (site)
Alors la bravo. Quelle magnifique actrice qu'est Sophie Marceau. La boum rendait vraiment hommage à la jeunesse de l'époque des années 80. C'était fort, comique et dramatique en un mot: c'était beau. Super ton article chef.